J'ai mal vécu le télétravail. Et beaucoup d'autres salariés aussi.

Nous vivons une époque complètement folle depuis Mars 2020. Des restrictions aussi puissantes au pays de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité ? Impensable jusqu'à l'année dernière. Et pourtant... Beaucoup sont passés en télétravail. Maintenant que les obligations se lèvent petit à petit, que de nouvelles habitudes de travail apparaissent, il est temps de faire le point sur l'héritage de cette pandémie, et notamment le télétravail.

Ce nouveau mode de travail a été révélateur de nombreuses disparités: le collaborateur qui a un réseau faible et celui qui a une bonne connexion (souvent campagne VS ville), celui qui est à l'aise avec les outils informatiques et les outils à distance, et celui qui ne l'est pas (jeune ou plus âgé, formé ou non...), celui qui a des enfants à occuper, qui est en couple avec un conjoint aussi en télétravail et qui mobilise la connexion, ou célibataire, celui qui est en maison avec de la place pour se "re-créer" un bureau, et celui qui est en appartement mal isolé où le voisin entend vos visios... Et celui qui a une déco sympa, minimaliste ou très particulière (merci les floutages de fond qui sont apparus !)...


Révélateur de nos comportements et insécurités également. Qu'est ce que j'accepte que mes collègues voient de moi ? De ma vie en dehors du travail ? Est ce que je retire tout pour ne laisser qu'un fond blanc, est-ce que je laisse mon poster du film Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick ? Est ce que je ferme la porte pour ne pas que mon chat vienne balader ses pattes sur mon clavier et sa queue devant la caméra ? Est ce que je suis installé dans mon canapé, ou sur ma table à manger ?

Un révélateur, mais aussi un amplificateur des différences que l'on retrouve au sein d'une organisation. Peut-être avez-vous expérimenté ces différences: celui qui a pu avoir du télétravail quand le reste de l'équipe non, celui qui a du revenir au bureau alors que tous les autres étaient en télétravail ? Pourquoi lui et pas moi ? Pourquoi moi et pas lui ? Comment le manager a arbitré celui qui vient et celui qui ne vient pas ? Parce qu'il a des enfants et que je n'en n'ai pas ? Beaucoup de situations ont été difficiles à gérer, et de décisions à accepter. Il a fallu choisir, et "choisir c'est renoncer". Comment prendre le fait que l'on a renoncé à ma présence mais pas à celle des autres ( ou l'inverse ) ?


Le télétravail a aussi mis en évidence nos comportements. Si au travail je suis très impliqué, deux choix: j'en fais encore plus pour montre que je gère, même si mon manager ou supérieur n'est pas avec moi, soit je prends du recul, et je relâche en me disant que la terre ne va pas s'arrêter de tourner si je prends une pause café plus longtemps. Si j'ai besoin d'être accompagné de façon plus rapprochée, je me sens perdu, désemparé, oublié.


Un phénomène a été très intéressant à étudier, c'est l'augmentation de la production de certains collaborateurs. La charge de travail a été équivalente, voir réduite en fonction de l'activité, mais la courbe de la productivité de certains salariés est allée grandissante. Pourquoi certains ont poussé les curseurs à fond ?

Un élément de réponse avec le complexe de l'Imposteur. Il fera l'objet d'un prochain article, mais en gros, c'est le sentiment de ne pas être légitime professionnellement, qui pousse à toujours en faire plus pour obtenir l'approbation de son entourage professionnel, et qui légitimera le fait que nous sommes à ce poste.


Un autre élément de réponse avec le mode de management. Patricia Wendling a beaucoup écrit et parlé sur le sujet (retrouvez-la sur LinkedIn) , et l'une de ses interventions soulignaient le besoin de CONFIANCE. Que peut faire un collaborateur pour prouver à son supérieur qu'il peut avoir confiance: travailler plus. CQFD. Si la confiance est là, nul besoin de se justifier avec un travail plus important !


Un autre élément, plus inquiétant; la solitude. Je suis seul, je cogite, que puis-je faire pour ne pas penser à ma solitude ? Et bien je travaille. Sauf qu'on ne se sent pas seul de 09H00 à 10H00, puis de 10H15 à 12H00, etc. On se sent seul du réveil au coucher. Donc beaucoup de salariés dans cette situation ont dérivé leurs angoisses dans leur travail. Quoi répondre, en tant que manager, à un collaborateur dont vous avez noté les heures de connections hors temps de travail, et qui vous répond cela ? On en vient à de nouveaux Risques Psycho-Sociaux, qui seront aussi dans un prochain article. Vous êtes Manager ? Vous avez eu ce cas ? Quelle réponse avez-vous faite ? Donnez nous votre avis en commentaire ! A quel moment le Manager doit quitter sa casquette professionnelle, et revêtir celle du Psy ? Jamais me diriez-vous ? Trop facile. La preuve dans ce cas de figure. Hors un Manager n'est pas un psy, et un collaborateur n'est pas un patient. Et c'est le serpent se mord la queue.


Un autre encore: la pression sociale: si tout le monde est en télétravail, je dois être réactif et montrer que moi aussi, je suis présent, impliqué, et je soutiens l'entreprise et mes collègues. Le Droit à la déconnexion devient plus compliqué à invoquer si tous mes collègues travaillent plus longtemps eux-aussi.


Un élément intéressant lui aussi: le besoin de donner du sens: passer sa soirée devant Netflix, ça va bien un temps. Mais je ne peux pas sortir, je ne peux pas donner d'autre sens à mon existence. Seul le travail me donne ce sentiment d'être utile, de servir à quelque chose. Donc au lieu d'une série, je vais finir le dossier Martin. Effet pervers du confinement, mais qui a été une vraie bénédiction pour certaines entreprises qui ont vu leur productivité augmenter.


On vient d'évoquer le Droit à la Déconnexion. Tout d'abord, cela veut dire quoi : "Le droit à la déconnexion est un principe (intégré dans la loi en France) selon lequel un salarié est en droit de ne pas être connecté aux outils numériques professionnels (téléphone portable, courriels, etc.) hors des horaires de travail (temps de transport travail-domicile, congés, temps de repos, week-end, soirée, etc.)."Définition tirée du dictionnaire. Mais qu'en est-il quand les conditions sont réunies pour que le travail ne nous quitte plus ?


Certaines entreprises ont résolu partiellement le problème en coupant l'accès aux serveurs. Mais cela reste un Droit, pas une Obligation. Vous n'empêcherez jamais celui qui veut travailler de le faire, comme vous ne pourrez pas obliger un salarié qui ne le veut pas à répondre sur son temps personnel (enfin, vous pouvez toujours essayer, mais la Loi sera contre vous, et pas sûre que cela donne envie à vos collaborateurs de rester dans l'entreprise ! )


Les entreprises qui fournissent un ordinateur portable, un téléphone portable donnent de facto la possibilité de travailler en mode nomade. Ce n'est pas parce qu'il est 21H00 et que j'ai quitté mon poste de travail que je ne peux pas répondre à un mail client. Lorsque j'avais un portable professionnel, il était coupé dès que je quittais le bureau, mais je le rallumais le lundi matin à 6H00 pendant mon petit déjeuner, pour savoir à quoi allait ressembler ma journée et ma semaine.


En temps de confinement et de télétravail, plus de trajet, donc on a eu tendance à utiliser plus longtemps nos outils de travail que le temps de travail ne le supposait.

Beaucoup ont mal vécu le confinement, et spécialement le télétravail. Et pourtant, cette pratique est amenée à se généraliser. Comment mettre en place un télétravail efficace ? Comment accompagner mes managers à revoir leur façon de travailler à distance ? Comment télétravailler sans y laisser sa santé ? Comment séparer travail et vie perso ? Comment donner un autre sens à ses soirées, sans devoir reprendre mes mails pro ? Beaucoup de questions auxquelles Explo(rh)a peut vous apporter des réponses. Contactez-nous pour en discuter !


On attend vos réactions, et vivement le 30 Juin que les restrictions soient levées... Enfin on l'espère !







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